Océan
Océan,
océan, où est ton rivage ? Tes nuits
m’accablent par leurs brumes. Océan, océan, trempée, mon cou disparaît au
milieu de mes épaules, mes bras m’enlacent légèrement, je tremble. Comment
veux-tu que je regarde en face ? C’est donc moi ? Océan, tes gouttes charmantes se
heurtent contre moi, me chatouillent, me distraient des semaines et des mois…
pour que je me retrouve encore au sein de ton étendue perverse, espèce d’obsédé ! Tes vagues bénies me giflent ! Promesse de gloire pour quiconque
ose embarquer, depuis ton rivage anonyme, ou alors tombe de ce nuage vers tes
profondeurs ténébreuses, pour sortir de l’anonymat. Tes gouttes charmantes se
heurtent contre moi. Tes vagues bénies me giflent ! Elles usent mes vêtements, me déshabillent, me désarment…
Océan, tu ne te régénères que pour me défraîchir. Océan, je suis donc ton otage
bel imposteur. Océan, océan, tes courants. O, tes courants. Des bras doux qui
m’entraînent au-delà de mes aspirations. Au travers des brumes, j’arrive à voir
les couleurs qui me fascinent, je multiplie les rêves, je me laisse emporter,
je cueille ces fruits qui me sont tendus, les sens, les savoure, replante leurs
graines et leurs racines, les arrose, les attend. Attend ! Tes bras doux m’entraînent loin
de mon jardin. Attend ! Tes bras doux
me lâchent au fin fond de tes ténèbres. Non, non, océan. Je ne t’appartiens pas ! Ce ricanement, pourquoi ? Je ne t’ai pas choisi. Ne me
regarde pas comme ça sale prédateur! Tout le temps trempée, petite, tremblotant.
Je choisis de sécher au soleil et de regarder en face. Mais où est donc ton
rivage ? Océan.
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